Le patrimoine historique coûte-t-il trop cher au Département de la Vendée ?

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La Chambre régionale des comptes des Pays de la Loire vient de rendre son rapport, après avoir épluché les comptes du Département de la Vendée depuis 2020, sur la gestion de son patrimoine historique.

Un document d’une soixantaine de pages qui pointe « les moyens importants » dédiés au patrimoine malgré « l’absence de stratégie globale » et le déficit structurel qui en résulte.

De grosses sommes dépensées

L’étude de la Chambre régionale des comptes s’est concentrée essentiellement sur six bâtiments valorisés sur le plan touristique, ne le faites pas cinq sites protégés au titre des monuments historiques et un site patrimonial remarquable (SPR) : l’Abbaye de Maillezais, celle de Nieul-sur-l’Autise, le Château de Tiffauges, le Logis de la Chabotterie, le Prieuré de Grammont et le Haras de la Vendée (SPR).

Les magistrats de la Chambre régionale des comptes n’ont pas eu de mal à reconnaître « les moyens importants » déployés par le département de la Vendée, pour animer ses sites historiques, essentiellement à destination des familles, avec spectacles et animations. « Au risque de négliger d’autres publics », indique le rapport.

En cette période de Noël, Tiffauges, Maillezais et la Chabotterie, éclairés de mille feux, en donnent le parfait exemple. À tel point que dans la région Pays de la Loire, la Vendée est le département qui dépense le plus de moyens par habitant à la culture et au patrimoine : « 205 € par habitant pour la culture et 34 € par habitant pour le patrimoine », sur la période 2020-2024.

« Toutefois, cette politique ne s’inscrit pas dans une stratégie globale formalisée », critique la Chambre régionale des comptes qui dénonce l’absence de stratégie d’ensemble.

La première des recommandations des auteurs du rapport à destination des élus du département est d’ailleurs de « formaliser une stratégie globale en matière de patrimoine historique ».

Le nouveau spectacle au Haras de la Vendée se joue jusqu'au 31 août 2025.
Au Haras de la Vendée, de nombreuses animations grand public sont proposées. ©Le Journal du Pays yonnais

Elle recommande également de formaliser un projet pour chaque site historique. Et de mieux communiquer sur les événements envers les non-Vendéens.

Contacté pour réagir aux critiques, Guillaume Jean, premier vice-président du Département de la Vendée et président de la commission culture patrimoine, estime que ce rapport est plutôt bon, et « reconnaît les efforts réalisés par le Département en faveur du patrimoine ».

Concernant l’exploitation des sites et le travail sur les publics, on est sur la bonne voie puisqu’on a commencé à travailler sur ces sujets-là.

Guillaume Jean, premier vice-président du Département de la Vendée

Il dévoile d’ailleurs que le Département proposera, « d’ici un an ou un an et demi, une nouvelle offre pour séduire les adolescents et les jeunes adultes, notamment au Haras de la Vendée. Ce sera un escape game ou autre chose mais il y a un enjeu important à événementialiser l’offre tout au long de l’année pour coller aux pratiques de consommations ».

Un patrimoine globalement en bon état

Un bon point est dominant au département sur l’état de conservation du patrimoine : vu les travaux de restauration importants entrepris ces dernières années, « les sites historiques sont globalement en bon état par la DRAC », sauf l’abbaye de Maillezais, dont les murs, les cavités et le cellier ont besoin de consolidation urgente.

L'ABBAYE DE MAILLEZAIS.
L’Abbaye de Maillezais nécessite beaucoup d’investissement. ©Jochen Jahnke

Sur ce point, la Chambre régionale des comptes recommande au département de « formaliser un plan pluriannuel d’investissement et de maintien sur son patrimoine historique ».

Les magistrats déplorent que la fonction immobilière soit répartie entre plusieurs directions. Encore une fois, c’est le manque de projection cohérent sur le long terme, qui est pointue.

Pour Guillaume Jean, ce point sera balayé d’ici peu puisqu’« une réorganisation est en cours dans les services techniques » pour mieux coordonner les calendriers entre travaux lourds et maintenance.

L’élu souligne que la stratégie globale est bien là, mais elle n’est pas formalisée.

Souvent, nos programmations dérapent car elles sont totalement dépendantes des subventions de l’État.

Guillaume Jean, premier vice-président du Département de la Vendée

Le déficit à doublé en 4 ans

Ce qu’épingle surtout l’instance régionale de contrôle des collectivités, c’est le déficit d’exploitation est important.

En quatre ans, entre 2020 et 2024, « l’exploitation des sites accuse un déficit croissant, passé de 4 M€ à 8,4 M€ en 2024 sur le seul budget principal », pointe la Chambre, qui « alerte le département sur le niveau atteint par ce déficit ».

Il va falloir dégager des marges de manœuvre, indique la CRC, si la collectivité veut pouvoir engager des travaux de conservation. Soit en augmentant les recettes (tourisme d’affaire, boutiques, etc.) soit en particulier les dépenses de prestations artistiques, d’animations ou de spectacles (34 % du déficit en 2023).

Sur ce point, Guillaume Jean, vice-président en charge du dossier au Département, plaide le biais du calendrier choisi pour l’étude. « On ne peut pas comparer l’année blanche du Covid pendant laquelle la plupart des sites étaient fermés, et 2024, l’année des Floralies », souligne l’élu. « Il aurait fallu plutôt faire une moyenne. »

Le patrimoine religieux bien servi

Enfin, la Chambre régionale des comptes note que le département a versé 10,20 M€ de subventions aux communes pour la conservation des édifices patrimoniaux. « Les subventions attribuées sont supérieures aux moyens que le département a consacré à la conservation de son propre patrimoine », indique la Chambre, qui note que « 86 % des subventions accordées l’ont été au profit d’édifices religieux (abbaye, églises, prieurés ou chapelles) ».

« Là encore, estime Guillaume Jean, il y a un prisme lié au calendrier : il se trouve que l’ancien président du département a lancé en 2019 un appel à projets pour rénover le patrimoine religieux. En trois ans, le département a donc déployé des enveloppes importantes associées à la rénovation d’une douzaine d’églises, entre 2019 et 2021. »

L’élu ajoute : « Il faut dire aussi qu’il ya peu de monuments classés dans notre département rural, qui ne soit pas religieux… »

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